Quels sont ces nouveaux profils en cabinet comptable ?
Publié le 2 juillet
Relu
par Nathan Colson
8 min. de lecture
Publié par Amandine Dujardin
Relu par Nathan Colson
8 min
La préoccupation numéro 1 des experts-comptables ? Le recrutement. Les professionnels expérimentés sont rares et la profession peine encore à attirer les jeunes générations. Pourtant, les cabinets sont en pleine transformation : digitalisation, conseil stratégique, accompagnement des dirigeant·es… les besoins évoluent vite et exigent de nouvelles compétences. Faisons le point sur les profils et compétences recherchés en cabinet comptable.

Produire aujourd’hui, mais aussi assurer sa pérennité
Il manquerait aujourd’hui à la profession comptable environ 10 000 collaborateurs chaque année. De plus et d'ici 2030, près d’un tiers des experts-comptables actuels partiront à la retraite, tandis que les cabinets devront intégrer de nouvelles compétences liées au digital, à la data ou encore à l’IA.
Cette double dynamique — départs massifs à la retraite et montée en compétences numériques — annonce une restructuration profonde des métiers comptables.
Le 3e rapport du think-tank Les Moulins a concrétisé ce mouvement. Dans un cabinet qui conserverait un chiffre d’affaires global stable sur 5 ans, de 2020 à 2025 :
le temps passé à la tenue et à l’établissement des comptes annuels aura baissé de 38 % ;
celui passé à l’accompagnement en gestion et pilotage aura doublé (+100 %) ;
et le temps passé à l’accompagnement administratif « full services » aura augmenté de 167 %.
Un cabinet moyen consacre encore plus de 60 % de son volume horaire à la tenue comptable. Aujourd’hui, il souffre d’un cruel manque de bras, jusqu’à devoir refuser des client·es. L’automatisation de la tenue et de la révision vont l’aider. Mais il doit aussi construire sa pérennité. Avec qui ? Lui faut-il de nouveaux profils ?
Les grands besoins des client·es à satisfaire
La seule façon de répondre à ces questions consiste à évaluer les besoins de ses client·es et à préciser sa recherche en connaissance de cause ensuite.
Parmi les principales tendances :
Plus de conseil
Faut-il le rappeler ? Toutes les études montrent que le premier intérêt de disposer d’un expert-comptable en chair et en os est de pouvoir lui demander conseil en confiance.
Les critères de sélection du cabinet sont d’ailleurs avant tout d’ordre relationnel, comme récemment rappelé par Xerfi : la qualité de la relation et des échanges est citée par 71 % des client·es, devant l’expertise du cabinet et sa compréhension de l’activité (46 %).
Le besoin s’exprime aussi à travers le désir – et parfois la nécessité – de disposer d’une vision claire, instantanée et à jour de la situation actuelle et future de son entreprise. Et de savoir comment utiliser ce tableau de bord !
S’ajoutent, à cet accompagnement de la gestion, toutes les possibilités officiellement ouvertes par la loi PACTE : stratégie d’entreprise, opérations de croissance externe, le conseil RH (marque employeur, règlement intérieur, élections des IRP4, RSE, etc. L’offre du cabinet devra s’adapter aux principales demandes de ses client·es.
Une assistance administrative
La complexité réglementaire est génératrice de stress – et de temps perdu. L’arrivée de la facture électronique et de l’e-reporting ne vont pas la soulager – ou du moins pas tout de suite. Et tous les dirigeant·es de TPE ne peuvent pas salarier un administratif à plein temps. Les services externalisés sont appelés à se développer.
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Voici une étude Shine X Occurrence (IFOP) sur les questionnements des entreprises de moins de 10 salarié·es face à la facturation électronique.
Des compétences data
70 % des entreprises déclarent manquer des ressources nécessaires pour analyser leurs propres données. À qui s’adresseront les TPE et les PME ? À leur expert-comptable.
L’animation des projets
Le besoin d’animation des projets s’avère autant interne qu’externe, dans une période de fortes transformations. « Faute de chef de projet, nous avons perdu du temps », avoue par exemple Nathalie Dupont, expert-comptable en Seine Maritime. Chaque projet a besoin d’un animateur, qui pourra aussi se doubler d’un formateur. Y compris auprès des client·es, vis-à-vis de leurs échanges avec le cabinet.
Les nouveaux profils de collaborateurs en cabinet
De nouveaux profils se détachent actuellement : ils sont pratiquement tous liés à des compétences propres à la gestion.
Le conseiller en gestion
Le think-tank Les Moulins le décrit comme un « copilote du quotidien qui associerait qualité d’écoute, initiative et pédagogie ». Sa mission : accompagner les dirigeant·es d’entreprise dans toutes les dimensions de la gestion et du pilotage de leur entreprise (budgets, marges de production, rentabilité, prévisions d’atterrissage, BFR, compte client, etc.)
« les cabinets recherchent de plus en plus des candidats capables de faire le métier de base, mais aussi de conseiller et accompagner le client »
Car s’il ne veut pas devoir travailler encore plus qu’avant, l’expert-comptable a tout intérêt à s’entourer de professionnels à qui il pourra déléguer sa confiance. Or « on ne peut pas faire évoluer facilement un comptable vers l’expertise en gestion », souligne Christophe Legrenzi, PDG d’Acadys, qui a conduit différentes missions de transformation de la fonction finance et comptabilité.
La concurrence est forte pour recruter ce profil… à tel point que certains cabinets vont chasser hors de leur secteur, quitte à offrir ou financer la formation comptable complémentaire nécessaire.
On trouve par exemple d’anciens cadres expérimentés de l’industrie ou le commerce, ou d’ancien·nes dirigeant·es en manque d’activité, qui savent de quoi une entreprise est faite et comment parler à son patron. Dans les réseaux bancaires, dans les compagnies d’assurance, beaucoup de professionnels bien formés aux chiffres des entreprises ou à la gestion de patrimoine, et rompus à la relation client, peuvent se retrouver disponibles pour un nouveau challenge.
L’assistant administratif
IA ou pas, le cabinet Dupont ne veut pas perdre ses collaborateurs fiables, fidèles et rares. Les collaborateurs de saisie vont y devenir des assistants administratifs.
Pour le compte des client·es, ils vont réaliser :
le secrétariat (collecte, classement, réponse, suivi…) ;
la gestion des achats (commandes, achats relations fournisseurs…) ;
la facturation (devis, facturation, envoi, suivi) ;
les relances clients ;
la formation informatique ;
les domiciliations, etc.
« Certains de nos clients ne sont pas prêts à produire eux-mêmes leurs factures électroniques normalisées ? Nous pouvons le faire pour eux. Le règlement des fournisseurs, les virements de salaires ? Nous pouvons le faire pour eux. Le tout réalisé par du personnel qualifié et encadré : le nôtre », résume Nathalie Dupont, du cabinet Dupont.
L’expert conseil
Certaines missions réclament des capacités particulières : gestion de patrimoine, Fusacq, transmission, systèmes d’information, conseil RH, sécurité… La nécessité de disposer d’un expert dans le cabinet dépend des besoins d’aujourd’hui, mais aussi du potentiel et de la capacité contributive de la clientèle.
Le juriste en cabinet comptable
Le cabinet Afitec a fêté ses 20 ans en 2022. Il compte 30 collaborateurs à Levallois-Perret, dont 2 juristes. Le cabinet Ozeon a ouvert en 2022 à Orléans : il compte 1 juriste parmi ses 5 collaborateurs. Deux exemples parmi beaucoup d’autres.
Chez les plus grands, cela peut aller plus loin : « Pour développer notre activité de recouvrement de créances, nous avons fait le choix de renforcer notre équipe en recrutant des avocats spécialisés en contentieux, et nous préparons l’arrivée d’huissiers », illustre Jean-Loup Rogé, président d’Implid (ex-Segeco).
La relation clients : CSM, onboarder ou welcomer
Quel que soit le nom que l’on donne à son responsable, le onboarding constitue un moment clé dans la relation entre le cabinet et son nouveau client. Ce dernier va devoir maîtriser la transmission, la communication, l’accès aux ressources humaines, logicielles et documentaires.
Pour mettre en place un collaboratif pérenne, certains cabinets comptables constituent une cellule spécialisée, qui accompagne le client au cours des premiers mois
Le spécialiste Data
On voit apparaître de nouvelles fiches de postes dans les plus grands cabinets :
BIM (Business intelligence manager) ;
Chief data officer (CDO) ;
Data controller ;
DPO (data protection officer), etc.
Pour un cabinet de petite taille, c’est une autre histoire ! Comment attirer et, peut-être plus encore, retenir un « data-geek » à plein temps dans un cabinet comptable ? C’est le plus souvent l’un·e des associé·es qui prend ce rôle, quitte à suivre les formations à l’usage de la data. Le référent digital sera évidemment impliqué.
Le référent digital
Le référent digital accompagne le déploiement des technologies au sein du cabinet. Sa mission est d’abord technique – connaître et maîtriser les différents outils – et humaine ensuite : à lui (ou elle) de porter leur implantation et leur utilisation par les autres collaborateurs du cabinet. À lui également :
la veille ;
les tests ;
la présélection ;
la formation ;
et le suivi des utilisateurs.
Enfin, il est chargé de la diffusion des bonnes pratiques, du lien avec les éditeurs et de l’organisation de la lutte contre la cybercriminalité.
Le responsable marketing et communication
La concurrence est totale au niveau du recrutement et la construction ou le développement d’une marque employeur n’a jamais été aussi importante pour un cabinet comptable, quelle que soit sa taille. Il faut se rendre visible, trouver des occasions de prise de parole, organiser des rencontres, aller là où vont les candidat·es, prendre des initiatives… et veiller à la cohérence et à la régularité des efforts.
Ici les compétences techniques comptables importent peu, mais l’ouverture d’esprit – comprendre les client·es, écouter ses collègues – est clé !
Récap' des nouveaux profils en cabinet comptable
Les nouveaux besoins peuvent nécessiter de nouveaux profils. Le projet d’un cabinet comptable aujourd'hui passe donc par une nouvelle distribution des tâches entre les humains et les robots, avec des compétences partagées et des spécialités opérationnelles. Un New Deal qui ne sera pas identique pour tous, mais qui concerne les cabinets de toutes les tailles, en fonction de leurs réalités et de leurs clientèles.
Pour rappel, voici les profils les plus recherchés par les cabinets comptables, ceux qui ne rencontreront pas de difficultés à trouver du travail dans les prochaines années :
le conseiller en gestion ;
l'assistant administratif ;
l'expert conseil ;
le juriste ;
le conseiller client spécialisé ;
le spécialiste Data ;
le référent digital ;
le responsable marketing et communication.
Pour aller plus loin, voici les 5 défis principaux que rencontrent les experts-comptables avec la relation client.
Et si vous cherchez à faire grandir votre cabinet, notre boîte à outils spéciale entrepreneur·es risque de vous intéresser.








