Le métier de collaborateur comptable va-t-il disparaître ?
Publié le 2 juillet
Relu
par Nathan Colson
6 min. de lecture
Publié par Amandine Dujardin
Relu par Nathan Colson
6 min
Les robots comptables et l’IA générative menacent les emplois des 170 000 collaborateurs comptables en activité. Et pour cause : l’automatisation a connu un développement accéléré ces dernières années, grâce à l’arrivée d’outils comptables dopés à l’IA, de plus en plus performants et accessibles. Cette tendance est loin d’être terminée. La facturation électronique va nourrir le mouvement. À la clé : un gain de temps précieux dans la gestion de données. Mais, qu'en est-il des collaborateurs comptables ? Sont-ils amenés à disparaître ?

Oui, s’ils se cantonnent à la tenue
Une étude récente de PwC prévoit que les services financiers seront plus touchés que les autres secteurs par la première vague d’automatisation en cours – laquelle va s’amplifier jusqu’en 2030.
De son côté, l’Institut Sapiens affirmait dès 2018 que les comptables font partie des 5 métiers « en voie de disparition ». Date d’extinction prévue : entre 2041 et 2056.
Mais alors, les collaborateurs comptables sont-ils des dinosaures ? 🦖
Cette automatisation concerne tout le premier pan de la chaine de production des cabinets, à savoir : la collecte et la saisie comptable. Mais son usage s’élargit à la révision, à la production de tableaux de bord, à la gestion des notes de frais, et même à la production du juridique.
L’automatisation largement en action dans les cabinets
Action réalisée | % de cabinets |
|---|---|
Récupération automatique des écritures bancaires | 90 % des cabinets |
Récupération automatique des factures de ventes | 57 % des cabinets |
Récupération automatique des factures d’achats | 52 % des cabinets |
Révision assistée | 55 % des cabinets |
Source : Les Actes du 78ème congrès, CNOEC, 2023 – enquête OpinionWay
Quand on sait qu’un cabinet moyen consacre plus de 60 % de son volume horaire à la tenue comptable, on comprend qu’il va vite falloir donner un rôle plus large aux collaborateurs.

Tous nos articles pour améliorer la gestion de votre entreprise.
Oui, ils vont disparaître, s’ils refusent l’obstacle
L’automatisation, les collaborateurs en parlent beaucoup… entre eux. Si certains sont enthousiastes à l’idée de ne plus saisir, d’évoluer, de faire davantage d’analytique, ou d’être plus utile qu’avant, par exemple, d’autres ont surtout l’impression d’assister impuissants à la disparition de leur raison d’être professionnelle.
Ils ne sont pas pour autant condamnés à perdre leur emploi. Les besoins de recrutement de la profession n’ont jamais été aussi importants.
La qualité de vie s’y est très favorablement améliorée, on devient rapidement autonome, il est possible de télétravailler, les horaires sont souples, et les salaires ont progressé. Mais la vieille image du métier vient obscurcir ces réalités. Et les candidats manquent à l’appel des cabinets. Alors pourquoi les experts-comptables voudraient-ils se séparer de collaborateurs rares, fiables et consciencieux ?
C’est certain, le travail de collaborateur en cabinet ne sera plus jamais comme « avant ». Mais après tout, le technicien d’EDF d’aujourd’hui rend le même service que l’allumeur de réverbère d’antan… en mieux !
Oui, ils disparaitront, s’ils ne construisent pas leur employabilité
La question clé pour un collaborateur comptable, c’est comment conserver son employabilité.
La loi de Darwin donne la réponse : évoluer. Encore faut-il en avoir les capacités.
Qui n’a jamais entendu une phrase comme « le conseil, mais moi je ne sais pas faire ! » dans la bouche d’un collaborateur ? Ce qui n‘est pas forcément faux ; tout le monde n’est pas fait pour analyser les données, déchiffrer un bilan ou faire une suggestion utile. Mais une formation peut peut-être changer la donne. Et heureusement, si le conseil est une voie, elle n’est pas la seule.
Oui, s’ils sous-estiment l’importance de l’humain
La relation entre un entrepreneur·e et son comptable est basée sur une excellente communication, de la confiance et de la compréhension réciproque.
« Notre métier, c’est d’accompagner les TPE et PME. Cette relation avec le client ne sera jamais automatisable »
La dimension humaine a tout autant sa place dans les travaux de conseil que dans les missions de services. L’androïde comptable façon Blade Runner, ce n’est pas pour tout de suite.
Oui, s’ils ne donnent pas la preuve de leur utilité
La puissance des nouveaux outils permet de reprendre un coup d’avance sur le client au lieu de courir après les échéances déclaratives. Placer la trésorerie ? Escompter les factures clients ? Réduire certains frais généraux ? Autant de propositions de la part d’un conseiller en gestion qui associerait qualité d’écoute, initiative et pédagogie.
Le temps gagné sur la tenue et la profondeur des données recueillies par un outil métier ouvrent grand les portes de la comptabilité analytique, longtemps le parent pauvre des cabinets. On mettra en place des indicateurs, eux-aussi produits de manière automatisés, et on apprendra aux clients à les lire et à s’en servir. Dans certains cas, un chef de mission sera RAF externalisé sur la base d’un volume horaire récurrent.
À ces nouvelles missions s’ajoutent toutes celles ouvertes par la loi PACTE, tout particulièrement sur ce qui concerne la RSE. Le cabinet peut ainsi être amené à établir des bilans carbone ou à rédiger les rapports annuels relatifs.
🚀
Pour aller plus loin, voici 14 mesures pour simplifier la vie des PME.
Oui, s’ils n’élargissent pas leur palette de services
Pour un artisan ou une TPE, embaucher un comptable à temps partiel tient de la mission impossible.
Conséquence : c’est le plus souvent le dirigeant qui exécute les deux ou trois heures hebdomadaires. En sous-traitant à son cabinet, à des collaborateurs qualifiés et de confiance, il pourra faire autre chose.
« Petit à petit, nos collaborateurs de saisie vont devenir des assistants administratifs », estime par exemple Nathalie Dupont, du cabinet Dupont.
Les services externalisés sont appelés à se développer. Tous les clients ne seront pas prêts à produire les factures électroniques normalisées, mais un collaborateur du cabinet pourra les émettre à sa place. Il assurera peut-être en leur nom les nécessités de l’e-reporting (tous les 10 jours). Même chose pour le règlement des fournisseurs, le recouvrement, les virements de salaire… Il y a de quoi faire !

Le compte pro qui en fait plus.
Collaborateurs comptables : place au changement
Les collaborateurs comptables peuvent reprendre confiance. Si leur métier change, leur fonction demeure. Avec une amélioration notable : l’automatisation leur permet de mieux se concentrer sur les besoins des clients – sur ce qui leur est vraiment utile.
Comment tirer le meilleur de la nouvelle situation ? Il s’agit d’une responsabilité partagée entre les dirigeants du cabinet et leurs collaborateurs.
Les compétences professionnelles
Les compétences professionnelles en constituent le premier volet. Les besoins classiques de formation (fiscale, sociale en particulier) vont demeurer indispensables pour suivre les changements règlementaires.
Mais les besoins spécifiques, eux, vont évidemment varier d’un cabinet à l’autre, selon la clientèle et les individualités. Les soft-skills seront évidemment de la partie. Et avec le développement de l’IA générative (type ChatGPT) les formations traiteront bientôt aussi des bonnes pratiques pour tirer le meilleur d’une IA…
La confiance
La confiance en est le second. Il faut apprendre à faire confiance à son robot comptable. Travailler avec lui, c’est comme travailler avec un assistant. Pour beaucoup, il s’agira d’une première expérience du management !
Il faut apprendre à déléguer, à moduler son niveau de contrôle au fur et à mesure que l’intelligence artificielle apprend, jusqu’à lui laisser les mains à peu près libres au stade de la tenue. L’éditeur de la solution d’automatisation peut être d’une grande aide, en organisant la formation à l’outil et en aidant à la mise en place de nouveaux process.
Les collaborateurs comptables vont-t-ils disparaître ? Le verdict
Verdict : tout dépend de la capacité du collaborateur comptable à évoluer.
S'il reste associé uniquement aux missions traditionnelles de l'expert-comptable (saisie, tenue de comptes), son rôle se fragilise. Mais s’il se tourne vers l’analyse, le conseil, l’accompagnement des dirigeant·es et la compréhension fine des enjeux de l’entreprise, sa valeur devient difficilement remplaçable.
Résultat : le métier ne disparaîtra pas, mais il ne restera pas inchangé. Ceux qui évolueront grandiront avec lui. Les autres risquent d’être progressivement remplacés, non pas brutalement, mais par une mutation discrète des usages.
Pour aller plus loin, voici nos conseils pour réussir vos prompts en tant qu'expert·e-comptable.
Et pour plus développer votre cabinet à toute allure, jetez un oeil à notre boîte à outils !







