L’automatisation au service du conseil RSE en cabinet comptable
Publié le 2 juillet
Relu
par Nathan Colson
5 min. de lecture
Publié par Amandine Dujardin
Relu par Nathan Colson
5 min
Sous la pression de la règlementation, des donneurs d’ordre et des collaborateur·ices, la RSE est en train de s’imposer aux PME et même aux TPE. Mais quel budget auront-elles pour y faire face ? Quelle sera la rentabilité de ces travaux pour le cabinet qui les accompagne ? Seule l’automatisation peut permettre à l’expert·e-comptable de devenir l’acteur principal du développement durable de ses client·es. Des solutions existent déjà.

La RSE, un mouvement de fond qui s’imposera à presque tous
Année après année, la Responsabilité Sociétale et Environnementale progresse dans toutes les entreprises. Les 3 raisons principales sont règlementaires, concurrentielles et morales (ou citoyennes, comme on voudra) :
1. La poussée règlementaire autour de la RSE
Depuis 2017 les sociétés cotées de plus 500 salarié·es ou d’un chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros (100 millions d’euros pour les non cotées) devaient produire une déclaration de performance extra-financière (DPEF). Elles n’étaient que quelques milliers à être alors concernées.
Mais la CSRD1 qui va entrer en vigueur entre 2024 et 2028 étend le devoir de reporting à 50 000 entreprises, et approfondit l’analyse (biodiversité, économie circulaire, pollutions, turn-over, etc.) avec au total plus de 600 critères d’évaluation.
De leur côté les CAC, habilités à réaliser des audits de rapports extra-financiers, sont désormais assujettis à une obligation de formation de 90 heures.
2. Le ruissellement des exigences RSE dans les entreprises
Les obligations de la CSRD se diffusent dans tout l’écosystème (le « Scope 3 ») des donneurs d’ordres. Ceux-ci vont privilégier les fournisseurs (mais aussi les grossistes de ces derniers) et les prestataires (dont les experts-comptables !) engagés dans une politique RSE et capables de le démontrer de manière fiable, par exemple via une certification. C’est le prix de leur propre performance RSE. Et il devient donc un élément indispensable au plan concurrentiel pour tous leurs fournisseurs, PME et TPE comprises.
3. Les exigences des jeunes générations en matière de RSE
Protection de l’environnement, qualité de vie au travail, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, sens et impact des missions quotidiennes... Autant de nécessités de fond, de plus en plus partagées au-delà des générations.
L’objectif de base des cabinets d’expertise comptable – faire réussir les client·es, les aider à se développer, à créer de la richesse et de l’emploi – est le même pour tous, et il peine à attirer. Il est encore temps pour un professionnel du chiffre de se différencier, en faisant entrer le conseil RSE dans son portefeuille de services.
« La totalité des entreprises doivent se préparer à être capables de rendre des comptes sur ces sujets », résume le rapport du think-tank La Centrale 45-2. Avec quels moyens ? Chez Heineken par exemple, 60 personnes ont été recrutées pour se conformer à la directive CSRD. Mais les dirigeant·es de PME et de TPE risquent de se retrouver bien seul·es.
Qui pour accompagner la démarche RSE des petites entreprises ?
Le combat fait rage pour accompagner les entreprises déjà soumises à la DPEF et les 50 000 entreprises qui devront satisfaire à la CSRD d’ici 2028.
Xerfi décomptait récemment 270 cabinets-conseil opérant dans la responsabilité environnementale et 112 spécialisés dans l’engagement social et sociétal.
Le marché se structure, entre notamment :
les spécialistes du conseil RSE (Alixio, Carbone 4, Des Enjeux et des hommes, Ecoact, Greenflex, Menway, Utopies…) ;
les majors du conseil, qui ont racheté des leaders mondiaux du consulting RSE, ou ouvert un département spécialisé (Accenture, Bain & C°, BCG, Weston…) ;
les Big4 ;
de nouveaux acteurs décidés à proposer du conseil en RSE (ESN, énergéticiens, certificateurs…) ;
les consultants indépendants.
Mais qui pour accompagner la démarche RSE des PME et des TPE ? Les sommes en jeu paraissent bien éloignées de leurs capacités contributives. Un consultant externe facturera 5 à 7K€ rien que pour réaliser le diagnostic des parties prenantes – ce qui n’a rien d’étonnant vu le temps qu’il devra y consacrer.
Les données utiles à la RSE enregistrées dans les outils de comptabilité et de paie, dans la balance et la DSN, sont dans les mains de l’expert-comptable. Pourquoi devrait-il se contenter du rôle de producteur de datas ? Il a un meilleur service à rendre à ses client·es, s’il se forme au conseil RSE et peut proposer l’exploitation directe des données en sa possession.
Les EC sont-ils prêts à faire entrer la RSE dans les entreprises ?
Stéphane Da Mota dirige aujourd’hui ensō rse, une start-up lauréate 2023 de l’accélérateur de l’OEC de Paris (INNEST), qui vient de participer à Cegid Connection.
Face au conseil RSE, ce professionnel expérimenté constate 4 niveaux de maturité chez les expert·es-comptables :
les non-concernés : 30 à 40 % des cabinets ne croient pas au rôle qu’ils pourraient tenir en matière de RSE. Pour eux, le seul objectif qui vaille s’appelle pour l’instant facture électronique ;
les conscients : 25 % des professionnels du chiffre ont en tête les enjeux et les principes de la RSE. Ils s’interrogent sur leur rôle à jouer vis-à-vis des consultants indépendants, mais n’ont pas encore trouvé de temps pour une formation ;
les formés : dans ces cabinets (30 à 35 % de la profession), au moins un associé à suivi une première formation, dispensée par l’Ordre, la Compagnie, l’Université Dauphine ou autre. Ils sont théoriquement prêts à démarrer – mais comment concrétiser ?
les avancés : ce sont les cabinets qui ont déjà mis en place une offre de services, le plus souvent ceux qui travaillaient pour les 2500 sociétés soumises à la DPEF et s’ouvrent maintenant à celles qui le seront à la CSRD. Ils représentent 5 % de la profession – avant tout des majors.
Premiers conseillers des dirigeant·es, les expert·es-comptables peuvent être ceux qui feront entrer la RSE dans toutes les entreprises. Selon le baromètre d’OMECA 4 , près de 2/3 des cabinets d’expertise comptable devraient avoir mis en œuvre leur offre RSE d’ici 2026-2028. Mais en auront-ils les moyens ? Car il ne suffit pas de se former. Il faut aussi s’équiper pour faire du conseil RSE un axe de développement du cabinet.
📌
Voici les actions à mettre en place pour construire une offre RSE :
choisir ses services ;
initier des démarches RSE à l’aide d’un outil de segmentation ;
déterminer le prix du service rendu ;
accompagner, voire recruter des collaborateur·ices (internes) ;
choisir ses partenaires (externes) ;
faire connaître son offre RSE ;
signer ses premiers client·es.
L’automatisation au service du conseil RSE : en bref
Nous pouvons conclure avec une citation du think tank La Centrale 45-2 :
« Se saisir rapidement de la RSE constitue pour les cabinets d’expertise-comptable une formidable opportunité de développement. C’est aussi l’occasion pour eux de réaffirmer leur rôle central dans le paysage économique en contribuant à définir ce que sont désormais les critères de performance de nos entreprises, quels que soit leur taille et leur secteur d’activité. »
Pour aller plus loin, voici ce que le cabinet Expertis à Marseille a mis en place pour adopter une politique RSE.
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